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 Journal intime d'un carpiste.

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baba

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Date d'inscription : 29/10/2014
Localisation : lorraine

MessageSujet: Journal intime d'un carpiste.   Mer 11 Fév - 16:52

Salut les gars bye .
J'ai eu l'occasion de lire ce récit voila quelque temps, j'aimerais vous le faire partager.
Prenez le temps de le lire :56: , ce petit journal est fantastique cheers !

..................................................................................................................................................


Avec ma femme Estelle, nous profitions de nos derniers jours de vacances pour visiter un majestueux lac de barrage. Nous avions flâné une bonne partie de la matinée au bord de l'eau. Et comme toute bonne chose a une fin, il était temps maintenant de ranger notre picnic et de rejoindre notre véhicule. Avant la tombée de la nuit.

C'est sur le chemin du retour que je le vis pour la première fois. Il semblait me narguer, immobile, d'un blanc de nacre assurément parfait, il nous observait calmement ma femme et moi.

Nous étions arrivés sur une petite butte de terre nous surélevant de 2 à 3 mètres par rapport à la surface de l'eau. De cette hauteur, ils nous était aisé d'observer les carpes, il y en avait des dizaines à fleur d'eau, certaines accusaient un poids plus que respectable. Et puis là se tenant un peu à l'écart... Un véritable spécimen, un spécimen unique !!!

Crevant la surface pour profiter des derniers rayons du soleil, il devait dépasser facilement les 25kg, je fus surpris et étonné à la fois !!! En fait, ce babar ne se tenait pas à l'écart, mais c'était les autres carpes qui l'évitaient, on aurait presque dit qu'elles avaient peur de s'en approcher.

Je restais là, je ne saurais plus dire combien de temps, à le contempler, presque hypnotisé par sa beauté. Quand ma femme me ramena à la réalité, la pénombre gagnait le lac. Il était temps de rentrer…

Pendant les semaines qui suivirent, je n'eus plus qu'une seule obsession, prendre au piège ce Koï. Au début, je me suis mis à élaborer les plus folles stratégies pendant mes journées de travail. Ce qui n'était vraiment pas une bonne idée. Je suis technicien pour une grosse société de domotique et il est indispensable d'être concentré un minimum.

Au début, je ne m'en suis pas trop mal tiré. L'expérience m'ayant permis d'éviter de grosse gaffe.

Mais, jour après jour, je sombrais dans une folie que j'aurai pu nommer « la carpistite », j'en étais arrivé à un tel point, que même mes nuits, je les consacrais à ce poisson.

Amorçage, montages, appâts...
Amorçage, montages, appâts...
Amorçage, montages, appâts...

Sans cesse le même refrain, sans cesse les mêmes pensées. Il fallait que je fasse quelque chose et vite, sinon ma santé mentale allait en prendre un coup.

Le tournant de cette histoire se passa le lundi d'après.

Arrivé de bonne heure au travail, je sus que c'était perdu avant même d'avoir dit bonjour :

-Salut boss, passé un bon week-end ?

-M'en parle pas, ma femme ne veut même plus m'adresser la parole. De plus les Usrobotics ne sont pas arrivés et il nous sera impossible de terminer la connexion avec les K8.

-Bien...Justement à ce propos, je voulais vous demander !!! S'il… enfin bon je me lance, … j’aimerais si c’est possible reprendre une petite quinzaine de jours de congés...Ah mais, attention hein !!! Sans solde bien sûr, j'ai un petit souci familial à régler.

- Mmmmh… écoute, je pense avoir été des plus cools avec toi. Tu rentres à peine de vacances. J'ai reculé le projet KILIAN pour que Monsieur prenne ses congés en même temps que sa femme. Et tu veux rempiler. Alors soit tu te remets dans le bain, soit lundi, c'est un cachet que tu iras chercher. Les techniciens, c'est pas ce qui manque !!!!!

-M'enfin attendez, je ne demande pas la fin du monde non plus quinze jours, ça ne vous tuera pas, le matos n'est même pas arrivé. Et pour trouvez un technicien fin prêt pour terminer le projet. Je vous souhaite bonne chance !!!

Faut croire qu'il pensait être né sous une bonne étoile, car 25 minutes plus tard, je passais chercher mon solde au bureau accompagné de mon C4.

La bonne nouvelle était que j'allais enfin pouvoir me consacrer pleinement à ce poisson... Et je pris la nouvelle malgré moi avec joie. Malheureusement ma femme ne le voyait pas sous cet angle.

Et mon départ fut des plus pénibles, cris larme, reproches et au fond de moi, je savais qu'elle avait raison. Mais comment expliquer à sa femme qu'on a quitté son emploi pour un poisson, comment lui dire et en même temps se convaincre qu’on ne frôle pas la folie. Syndrome de Borderline dirait mon foutu médecin.

Le semblant de culpabilité que j’éprouvai fut presque instantanément effacé lorsqu'une petite voix me fit parvenir un message du plus profond de mes entrailles.

« Plus de travail, plus besoin de prendre de vacances, plus de vacances, plus de limite à ta session »

Le temps de dévaliser le supermarché du coin, de vider ce qu'il me restait de boule et de charger mon matériel et j'avais pris la route.

Que me réserve ce lac... J'ai hâte d'y arriver.

27 août 2003


Cher journal, cette journée a été des plus apaisantes, la route qui m'a porté jusqu’à « LAGBB ». C’est le doux nom que j’ai donné à notre Lac, LAGBB, tout simplement pour Lac à Gros Babard Blanc, je sais c’est con, mais j’aime bien nommer les choses, enfin soit !!! Cette journée m'a permis de purifier mon esprit et c’est le cœur serein que je débute cette session.

Au diable mon sale con de patron, au diable cette femme qui ne peut comprendre ma passion, nous voilà seuls, et que la danse commence…

28 août 2003

C’est un peu fatigué, que je reprends la plume, mais je me suis promis de notifier un maximum d’information sur ce journal. J’ai passé cette première journée à guetter la moindre tache blanche en surface. Mais malgré mes efforts, je n’ai pas découvert le moindre Koï.

Faut avouer que ce Lac de barrage construit en 1973 accuse une superficie de 2 200 ha, même en étant d’une extrême rigueur. Je pourrai passer des semaines à sonder ce lac sans apercevoir la moindre trace de poisson. Mais j’ai un plan !!! Ce Koï est un spécimen et je suis certain qu’il doit être cantonné dans un secteur bien précis. La température a été stable. Oh oui, j’en suis catégorique, il n’a pas dû migrer, Dieu faite qu’il n’ait pas migré…De plus d’un autre côté pas question de commencer à pêcher tant que je n’aurai pas repéré mon saint Graal, Dieu ou pas Dieu, migration ou pas, je le trouverais.

Mes recherches ont commencé par la partie Ouest du lac, plus précisément le bras à l’île, c’est là que je l’ai aperçu avec Estelle. J’ai quadrillé sommairement l’endroit et toutes la journée j’ai passé et repassé le secteur au peigne fin, dans l’espoir de l’apercevoir, mais ce modeste bras accuse quand même pas loin de 200 ha à sonder.

Il est temps de me coucher, demain sera un autre jour.

29 août 2003

Rien à signaler, je continue mes recherches, afin d’être le plus mobile possible, j’ai décidé de dormir sous la belle étoile, mon bedchair et mon sac, c’est tout ce que je débarque du zodiac. Demain je réglerais mon réveil sur 6h00, je gagnerais quelques heures de clarté …

30 août 2003

23h00, c’est à la lueur d’une bougie et en perpétuel cache-cache avec les moustiques du sud, que j’écris c’est ligne, cette journée à encore été couronné d’un échec, je n’ai même pas pris le temps de dîner, je le trouverais, saleté de poisson, je t’aurais.

J’en fais le serment…

2 septembre 2003

Cette fois je le tiens, 7 jours que je dors à peine, que je mange à peine, mais je l’ai enfin aperçu !

Je commençais à douter de mes propres constatations sur la sédentarité des spécimens et toutes ses conneries et m’apprêtais à sortir de ce bras, par la pointe gauche. Lorsque mon regard fut attiré par une branche flottante. Je dois bien l’avouer, lisser, délavé par l’érosion et tordue, elle m'a d abord fait croire à un serpent d’eau. Le petit pincement au cœur passé, je restais là à toiser ce vulgaire bout de bois. Quand un miracle se produit, à 1mètre sur la gauche enfuie d’à peine de 20 cm d’eau, il était là, simplement là.

Il m'a laissé le regarder une poignée de seconde avant de plonger doucement vers les abysses de ce lac.

Les affaires reprennent, j’ai enfin trouvé mon Graal, et le poste est idyllique, une pointe de bras est toujours un poste à favoriser en générale.

D abord parce que 9 fois sur 10, le prolongement d’une pointe nous offre un haut-fond facilement exploitable, ensuite parce que je pense bien que les carpes qui rentrent dans un bras longent la berge.

3 septembre 2003

J’ai pris pour la première fois depuis mon arrivé un vrai repas, et ma nuit a été l’une des meilleurs depuis que je suis arrivé sur ce lac.

Par contre un truc de fou, c’est produit cette nuit… J’ai entendu des voix de filles ou plus précisément, il semblait être la voix d’une et unique fille, je n’ai pas très bien compris les paroles.

Je suis sorti et j’ai appelé, mais je n’ai eu aucune réponse.

C’est surprenant qu’isolé sur une pointe de lac, dans la partie la moins accessible de celui-ci, avec une forêt d’au moins 500 ha derrière moi, j’entende des voix la nuit.

Demain, j’irai exploiter les environs, il doit certainement avoir un camp scout ou un sentier pour touriste proche.

J’ai commencé ma prospection des fonds, comme je l’avais imaginé, cette pointe s’allonge pour former un haut-fond, elle descend en pente douce jusqu'à peu près 12-13 mètre ensuite c’est la chute à 23-25 mètres.

Sur ma gauche à une 20e de mètre, j’ai un herbier assez parsemé, j’ai déjà pu remarquer grâce à la clarté de l’eau, quelque troué très intéressante que je ne manquerais pas d’exploiter. Le fond est assez chaotique, mais sans souche. J’ai repéré assez près de la bordure une cassure bien net, à 3 mètre de profondeur.

Ma droite est relativement vide, j’ai juste repéré un plateau qui monte jusqu'à 3 mètre de la surface pour la partie haute et descend à 7 mètre pour la partie basse.

Je peux enfin, après 8 jours à sonder ce lac, mettre mes premiers appâts à l’eau.

Mon choix ne sera pas trop compliqué à faire, disposant de 4 cannes, j’exploiterais L'herbier, la cassure je me réserverais le haut fond devant moi pour plustard, mais je vais déjà commencer à l’amorcer, et, je placerai une canne au-dessus du haut-fond de droite et une au pied.

Mon amorçage sera essentiellement composé de pellets et de boules, je ferai des chemins entre mes cannes et des fuyantes vers les milieux du lac sur une distance de 100 mètres.

Côté appâts, j’ai préféré la simplicité : boules sans arôme sucré, noix tigrée, pellets, frolic.

Nous sommes le 3 septembre à 16h15, mon campement est enfin monté, mon Shelter est soudé au sol, le zodiac est entièrement vide, vivre, eau, magazines tout est venu se ranger dans le parapluie-tente et mes 4 lignes sont enfin à l’eau.

J’ai bénéficié jusqu’ici d’un temps relativement agréable, une moyenne de 18-20 degrés sans pluie, mais sûr ces grands lacs capricieux, vaut mieux se parér au pire.

4 septembre 2003

Ma nuit a été agitée, j’ai encore cru entendre ces cris de fille, cette fois je ne suis pas sorti voir. Mon Delkim m'a réveillé à 4h20, pour ferrer une jolie brème. Mis à part ce 2ème événements le lac est placide.

Estelle m'a appelé ce matin, entendre sa voix, m'a littéralement fait bondir de joie, je n’ai eu comme conversation depuis que j’ai entrepris cette session, que quelques misérables cris de fille imaginaire la nuit. Ce qui n’est pas pour me rassurer.

Maladroitement j’ai oublié d’éteindre mon GSM afin d’économiser sa batterie et bien qu’elle m'ait fait un bien fou, les seules paroles que j’ai pu entendre avant que ce satané gsm coupe…

Estelle : Tu es complétement fou, tu ne m’as même pas appelé une fois, Dépêche toi de...trer, sin… j’app.. mon avoc… Tuuuuuuuuuuutttttt

J’avoue que c’est très frustrant d’être coupé comme ça, je n’ai pas tout entendu, mais, j’ai bien compris ce qu’elle voulait me dire.

Mon Dieu, faites qu’elle ne mette pas ses menaces à exécution, je n’ai jamais connu qu’elle, je serais perdu.

Si seulement je pouvais rentrer, en laissant tout tomber, je le ferais.

Mais ce lac m’hypnotise et à présent il est trop tard, je dois aller jusqu’au bout.

5 septembre 2003

J’ai pris ma première carpe cette nuit. 8 kg toute mouillé. Vers 3h20 une petite touche à retour.
Seul, j’avoue ne pas avoir eu le courage de préparer le pied et de sortir l’appareil à cette heure.

Au moment de remettre ma captive dans son élément, j’ai cru apercevoir une silhouette blanche flotter à la surface, mais la seconde d’après, elle avait disparu. Je commence à croire que mon imagination me joue des tours, je vais reprendre une hygiène de vie correcte. Sinon dans 2 semaines je vais voir des éléphants roses.

À oui j’oubliais, je l’ai enfin revu, vers 10h-11h, je replaçais mes lignes avec le zod, quand mon attention s'est portée sur ma gauche. Il était là !!! Juste au-dessus de l'herbier en bordure calme et je le jurerais, il m’observait… Détail que je n’avais pas remarqué jusqu'à présent il a les yeux rouges, c’est donc un albinos.

Quoi qu’il en soit il est dans les parages…


Vendredi 12 septembre 2003


Je ne crois pas m’être beaucoup trompé sur la date. Je n’ai plus rien écrit depuis le 5 septembre pour la simple raison que je n’étais plus sûr de vouloir continuer ce journal. Mais je ne peux garder tout ça pour moi.

Les choses ont empiré un jour ou 2 après l’avoir vu, plus motivé que jamais j’ai changé ma stratégie de pêche et j’utilisais juste un sac soluble dans L'herbier. Je pensais éviter d’attirer les brèmes et à forciori les autres carpes. Bien qu’après un peu plus de 2 semaines de pêche je n’aie pris qu’une seule carpe, le Koï était dans le coin et autant essayer de le prendre par gourmandise.
Mais c’est la nuit que ça s’est passé, mon dieu, que c'est il passé ?…

Je suis donc sorti marcher un peu, après à peu près un quart d’heure de marche, j’ai senti un frisson me parcourir et un léger bruissement a attiré mon attention sur ma droite…

… Elle était accroupie au bord de l’eau, si on peut appeler ça accroupi, et m’observait d’un regard rougeoyant.

Agée d’une trentaine d’année (du moins elle n’en paraissait pas plus), on pouvait distinguer les restes d’une beauté presque perdue sur son visage. Son regard froid et sans la moindre expression avait une lueur effrayante et attirante à la fois. Ses cheveux noirs étonnement lisses tombaient négligement sur sa poitrine, ils augmentaient encore le contraste avec la couleur de sa peau.

Elle était vêtue d’une robe vaporeuse presque aussi blanche que son visage. Entourant une taille de guêpe, une ceinture de soie vraisemblablement bleue lors de son achat, permettait de coller sa robe au plus près de son corps.

Il m’est difficile de décrire avec des mots la confusion de sentiments qui s'est produite pendant les premiers instants de ma rencontre. Toujours est-il, qu’à ce moment précis, c’est la curiosité qui est sortie vainqueur de ce combat cérébral. J’ai donc fait un pas vers cette femme, je ne me souviens plus avoir voulu avancer, j’aurais dû prendre mes jambes à mon cou, mais bizarrement mon premier geste a été d’avancer.

Drôle de situation !!! Quand on est assis bien au chaud dans son salon, à regarder des films d’horreur, il est toujours facile de s’écrier: « mais bouge de là, sinon tu vas te faire bouffer !!! !! », « Mais quelle conne celle-là, elle reste plantée là !!! ».

Aujourd'hui, c’était moi la conne !!! Et devant moi se trouvait la femme la plus étrange qu'il mais été permis de voir, et pourtant je me suis avancé et j’ai essayé de lui adresser la parole.

- Bonjour, madame… vous… vous… avez besoin d’aide ?

Elle m'a regardé une fraction de seconde… s'est redressée … puis s'est mise à crier, un son inhumain, plus aïgu qu’une craie sur un tableau, le son devenait une douleur, une arme, il me traversait littéralement de part en part.

J’ai bouché mes oreilles comme j’ai pu et me suis enfui le plus vite possible de cet endroit. Lorsque je me suis engouffré dans les buissons, j’ai lancé un dernier regard en arrière, je ne saurais dire si c’est la peur qui m’a joué un tour, mais son visage avait l’air déformé par la rage. Le petit quart d’heure de marche qu’il m’a fallu pour venir a été divisé par 10 pour le retour.

J’ai passé le reste de la nuit, assis sur mon bedchair à m’apeurer du moindre bruit et Dieu sait qu’au milieu de la nuit, les bruits sont nombreux.

Au petit matin, j’étais décidé, j’allais quitter cet endroit, ranger mes affaires, reprendre la route et en moins d’une journée, je serais de retour. Je pourrais serrer ma femme dans mes bras, reprendre ma vie, oublier cette galère.

Le chargement du zodiac a été un jeu d’enfant, malgré mon épuisement !!! La quantité de vivres et d’appâts frôlait le zéro et le peu de matériel à embarquer fut vite placé entre les boudins. L’histoire du Gsm, m’ayant servi de leçon, j’ai religieusement économisé ma batterie, de sorte que le retour se fera en douceur.

La berge s’est éloignée lentement et déjà je sentais le vent me raviver le visage, la vie reprendre doucement en moi, je pensais déjà au bon repas que j’allais faire lorsque !!! Je le vis …posé contre un arbre…

Mon sac en toile de jute, autrement dit, j’avais bêtement oublié mon échosondeur sur la berge. C’est un bas de gamme, mais il frôle quand même les 250€, impossible à abandonner, même dans mon état de faiblesse. Un rapide demi-tour, un accostage sans difficulté sur cette pente douce. Je prends bien soin de fixer mon zodiac à une souche, quelques pas à fleur d’eau (la pente douce, n’a pas que des avantages), mais avec mes bottes aucun souci d’humidité.

Je récupère mon sac, demi tour et …

… en retournant vers le zodiac, je me surprends à avoir la nostalgie de cette pointe, mes déboires, mes galères, mes grands moments d’espoir. Ce concentré d’émotion me submerge et je retiens à grand-peine de verser quelques larmes. Quand reviendrais-je dans cet endroit ?

Je considère quelques instants mes pas laissés dans la boue, les plus proches de l’eau se remplissent déjà par infiltration, en regardant ces trace se gorger d’eau, un nom me vient à l’esprit « Robert Falcon Scott ».

Cet amoureux inconditionnel du froid va vivre avec son équipe une traversée du pôle sud tragique, en 1911, il parcourra près de 2500 km, dont les 1280 km derniers à pied, ayant laissé les chiens épuisés à un refuge pour ne pas les faire mourir de fatigue.

Ne voulant abandonner les membres de son équipe ralentissant le petit convoi de 5 personnes. Et ce au péril de leurs vies (les vivres commençait à manquer le temps pressait). Laurence Oates un membre de leur petite équipe déjà bien atteint d’engelure et d’entérite se sacrifiera en cours de route afin de laisser toutes leurs chances aux survivants.

Après un salut solannel, il déclara à ses compagnons : « Je sors, je resterai peut être un petit moment dehors ».

On ne l'a plus jamais revu…

Cet acte héroique ne sauva pas la vie aux autres, Robert Falcon Scott mourut avec ses 2 coéquipiers restants à une 20e de km du camp où l’attendaient vivres et médicaments.La malchance voulut qu’une tempête les empêche de faire ces derniers malheureux 20km, alors qu’il venait d’en parcourir plus de 1000 km démoralisé comme peu de personnes peuvent l’être dans une vie.

Jugez donc, lors de leur arrivée au centre du pôle sud, après les premiers 1280km parcourus avec enthousiasme et confiance. Ils ont trouvé un monticule de neige,au dessus de celui-ci flottant négligement au vent, le drapeau norvégien ! Placé par le plus grand de ses rivaux « Roald Amundsen », il était arrivé trop tard.

Les spécialistes s’entendent pour dire que c’est cette défaite qui les aurait conduits à leurs fins. Lorsqu’on retrouva leurs corps, plusieurs mois après cette mésaventure, Robert F.S était encore penché sur son journal frigorifié, relatant les derniers moments de leur existence.

« Je ne pense pas que des êtres humains aient déjà vécu un mois comme celui que nous venons de vivre mais pour ma part je ne regrette pas ce voyage ».

Comme son journal le montre, ces hommes firent preuve d’un courage rarissime.

Vous vous demandez peut-être pourquoi me remémorer le nom de cet homme, alors qu’ici sur ma petite pointe, baignée par les derniers rayons de septembre, la température frôle les 18° ?

La réponse est simple, je suis méprisant, je ne vaux pas plus qu’un ver de terre répugnant.

Regardez ces hommes, le courage qu’il ont eu, ils sont morts sans abandonner un seul membre de leur équipe.

Et regardez moi, je rencontre une malheureuse à peine habillée au fin fond des bois, sans chaussures, car l’empreinte qu’elle avait laissée était des empreintes de pieds nus.

Et ma première réaction est de m’enfuir pour commencer et ensuite au plus vite replier pour rentrer chez moi.

Que Dieu me pardonne !!!

Je vais remonter ce campement et découvrir pourquoi cette femme reste dans ces bois.

Qui est cette femme ? Que fait-elle dans le bois seule en pleine nuit ?

Si j’ai eu peur, qu’a-t-elle pu ressentir alors ?

De toute façon, mes vivres ne me permettront plus de tenir une semaine, mais je ferai mon possible...

samedi 13 septembre 2003

Ma veillée de cette nuit n’a rien apporté, je n’ai pas revu cette femme, mis à part encore cette lueur au milieu du lac, la nuit a été d’un calme plat. Que ce soit en vision ou en départ, rien n’a signalé.

dimanche 14 septembre 2003

A part une petit toux et un mal de gorge… je pense avoir pris froid pendant mon escapade nocturne. Rien à signaler.

Mardi 16 septembre 2003

Mes vivres diminuent dangereusement, je vais devoir commencer à les rationner. Mon rhume s'est transformé en quelque chose de plus grave, mais je ne saurais dire quoi. Une pharyngite peut-être, mon mal de gorge empire de jour en jour. Je me soupçonne même d’avoir fait de la fièvre cette nuit. En tout cas je l’ai revue…

Vers 2h15, un grattement s'est fait entendre le long du parapluie, le son ressemblait à des ongles qu’on glisse doucement sur une toile.

J’ai bien entendu d’abord pensé à une souris qui se frayait un passage, je suis sorti pour constater les dégâts et je suis tombé sur l’inconnue.

Debout sur une souche, elle semblait presque flotter entre 2 mondes, un sourire discret baigné de mélancolie. Cette fois, malgré toutes mes bonnes résolutions, j’ai été pris de panique, si elle recommençait à hurler ??? Elle m’a jeté un regard d’une infime tristesse et a plongé dans l’eau glacée du lac sans le moindre mot.

Je n’en croyais pas mes yeux !!! Je me suis précipité pour l’aider, mais on aurait dit que l’eau l’avait avalée, pas un seul remous, rien... une mer d’huile …

J’ai attendu…, je suis resté debout à observer l’eau pendant au moins une heure, et plus la moindre trace de notre inconnue. Quand j’ai enfin regagné mon abri, ma gorge me faisait l’effet d’avoir avalé un acide par mégarde, je pense que cette petite pause au milieu de la nuit m'a achevé.

Je ne sais plus très bien où j’en suis, il ne me reste plus qu’une demi bouteille d’eau et je sombre doucement dans la folie.

Je me suis juré de l’aider, mais…

Je n’ai plus relevé mes cannes depuis au moins une semaine, mon état de santé s’est dégradé et pourtant je n’arrive pas à quitter cette endroit, cette fille, m’intrigue et m’envoûte.

Je ne sais pas pourquoi je continue à tenir ce journal à jour, peut-être parce que c’est la dernière chose qui me retient à la réalité.

Robert F.S l'a bien tenu, jusqu'à son dernier soufle…

Jeudi 16 septembre 2003

Ma gorge me fait si mal… je n’arrive plus à me nourrir, je n’ai plus bu depuis hier matin et je n’arrive plus à avaler la moindre bouchée. J’ai revu, la nuit passé, cette lueur au milieu du lac, je suis maintenant certain qu'elle m’appelle, c’est la belle inconnue. Je vais tenter le tout pour le tout, d’ici peu de temps, à la tombée de la nuit, je partirai en zodiac au milieu du lac.

Je n’en peux plus, je laisserai toutes mes affaires, je n’ai plus la force de continuer, ce soir je vais voir cette lueur intrigante, ensuite je rejoins ma voiture et je m’enfuis de cet endroit maudit.

Je vais laisser ce journal derrière moi, si vous le trouvez dites à ma femme, que je m’excuse, je lui demande pardon, pour tout ce que j’ai pu lui faire, c’est elle qui avait raison.

Je vois l’horizon s’assombrir le moment est venu de partir,

Dites à ma femme que le l’aime…

Avril 2006

Quelle histoire ahurissante !!!

Je vous ai retranscrit chaque ligne de ce journal incroyable trouvé au bord de ce lac mythique. Je cherchais comme notre pauvre ami, un poste de passage, et j’ai moi aussi pris position sur cette petite avancée. J’ai exhumé, ce journal, enfui sous les restes d’un parapluie tente mangé par la mousse et où un nombre incroyable d’insectes avait élu domicile.

Tout le nécessaire du Carpiste était encore présent, le bedchair, bien que complètement moisi, la table de biwie, le sac à dos, 2 boîtes de conserves encore comestibles.

C’est dans un petit seau, sous le bedchair, que j’ai déniché notre journal, si l’auteur n’avait pas pris le soin de le déposer dans ce seau et de le refermer hermétiquement, il ne resterait sûrement plus aucune trace de cette aventure.

Je ne sais pas si cet homme est le même que celui qui a été retrouvé, le long du barrage, en décembre 2003. Un pêcheur de carnassier pêchant à la traîne a pris dans ses lignes, le corps d’un homme d’une 40 ènes d’années atrocement mutilé.

Ses yeux et sa langue avaient été arrachés, ses mains et chevilles étaient liées avec des barbelés, son visage méconnaissable était figé dans une expression d’horreur ! Dans cette région calme et paisible, cet incident a été relaté dans tous les journaux locaux pendant plusieurs mois.

Une commission d’enquête a été mise sur pied, et un an plus tard après avoir dépensé des milliers d’euro, elle a simplement conclu à un règlement de compte, sans apporter la moindre explication plausible.

Le pauvre bougre qui a écrit ce journal ne doit pas être notre victime, je ne le pense pas, il doit avoir simplement rejoint sa famille. Le fait d’être resté plusieurs semaines seul a dû lui taper au cerveau et sur la dernière semaine il devait perdre la raison, à en croire son journal.

Il avait quand même raison, sur un point. Il doit exister non loin d’ici un sentier ou un camp scout, car cette nuit j’ai entendu des cris de fille ou de femme, je n’ai pas bien entendu…

FIN
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Getipres

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MessageSujet: Re: Journal intime d'un carpiste.   Jeu 12 Fév - 15:30

Sympa, c'est bien écrit good
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vincent

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MessageSujet: Re: Journal intime d'un carpiste.   Ven 13 Fév - 13:03

:journal: Je vais le relire au calme . Là j'ai rien compris Sad

________________________
Si vous m'avez compris, c'est que je me suis mal exprimé scratch
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MessageSujet: Re: Journal intime d'un carpiste.   

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